Solitaires Intempestifs

  • Si nous vous avons offensés, ombres que nous sommes, pensez que vous ne faisiez que dormir quand ces visions venaient surgie et ce fragile et vain mensonge, aussi évanescent qu'un songe, seigneurs, accordez-lui pardon : alors, nous nous amenderons.
    Oui, foi de puck, en vérité, si une chance imméritée nous épargne le noir venin, nous nous amenderons demain...

    Cette traduction a été créée le 11 mai 2004 à l''occasion de l'inauguration du Nouvel Olympia de Tours dans une mise en scène de Gilles Bouillon.

  • Est-ce un poignard que je vois devant moi, Le manche vers ma main ? - Que je t'empoigne !
    Je ne t'ai pas, et je te vois toujours.
    Toi, n'es-tu pas, vision de mort, présente Aux sens comme à la vue, ou n'es-tu rien Qu'un poignard de l'esprit, création fausse, Fruit d'un cerveau qu'oppressent des vapeurs ?
    Mais je te vois, de forme aussi palpable Que celui-ci, que je dégaine.
    Tu me contrains à poursuivre la route Où je marchais, et tel est l'instrument Dont il allait falloir que je me serve.
    Mes yeux sont rendus fous par tous mes sens Ou tous mes sens sont fous - et je te vois Toujours...

  • Le duc de vienne, parti en voyage, a confié la régence au plus digne, le seigneur angelo.
    Ce magistrat honnête tombe le masque et va se comporter en abominable tyran, exhumant une loi absurde tombée en désuétude : le seigneur claudio est condamné à mort pour avoir forniqué avec sa fiancée hors des liens du mariage. devenu amoureux de la novice isabella, soeur de claudio, il lui promet de gracier son frère si elle lui cède son corps. harcelée par claudio, elle y consent, mais le " retour " du duc, caché à la cour sous des habits de moine, confondra le régent.
    Comme le remarque justement anny crunelle-vanrigh dans son analyse, le duc, autant que shakespeare, " invente " angelo. il le pousse sous les projecteurs, ouvre pour lui une scène sur la scène, et devient spectateur de l'expérience. (. ) il épie la rencontre entre claudio et isabella. (. ) son intervention consiste à réécrire en comédie la tragédie qui s'annonçait. (. ) on bouscule le jeu des forces tragiques en inventant de nouveaux personnages.
    Mariana surgit du capuchon du moine, tel un " corpus ex machina " pour défaire le noeud de l'intrigue. cette autre histoire remplace et annule la première. (. ) effacement magique et magie du jeu. dans le théâtre du moine, comme dans tout théâtre, tout est feint, la souffrance et la mort. claudio est mort mais toujours vivant, isabella déflorée mais encore vierge, mariana délaissée mais épousée. (. ) c'est la victoire du jeu.
    Alors, de quoi donc parle mesure pour mesure ? : morale, politique, religion ? non, d'abord de théâtre. et donc aussi, par conséquent, de morale et de politique. cette pièce, qui fascine tant les metteurs en scène (lugné-p?, brook, zadek, braunschweig, nichet) par sa noirceur festive, est considérée comme la plus sombre des comédies de shakespeare. avec la nouvelle traduction de jean-michel déprats qui fait apparaître enfin toute la finesse des jeux de langages et des mots d'esprit, elle devient aussi, sans aucun doute, une des plus brillantes.

  • Cette édition s'adresse plus précisément au public des terminales qui aborde ce texte par le biais de la philosophie. Antigone met en scène le conflit entre les lois non écrites, sacrées et inviolables, des Dieux, et les lois écrites, civiles, utiles et opportunes de la Cité.

  • Mes compagnons‚ mes frères en exil.
    Notre longue habitude ne rend-elle.
    Plus douce notre vie en ces espaces.
    Qu'au sein des pompes peintes ? Ces forêts.
    Ne sont-elles plus libres que la cour ?
    Nous sentons moins le châtiment d'Adam.
    Et les saisons changeantes : quand la glace.
    Quand l'injure gelée du vent d'hiver.
    S'accrochent et me mordent tous les membres.
    Quand j'en tremble de froid‚ oui‚ même alors.
    Je souris et je dis : ces conseillers.
    Eux‚ sans chercher à me flatter‚ ne veulent.
    Que me montrer ce que je suis vraiment..
    Doux est l'usage de l'adversité.
    Qui‚ comme le crapaud‚ laid‚ venimeux.
    Porte à son front une gemme précieuse.
    Et notre vie‚ loin des séjours communs.
    Trouve une langue aux arbres‚ lit des livres.
    Dans le cours des rivières‚ des sermons.
    Dans les pierres‚ du bien en toute chose.

  • C'est encore au lycée qu'anton palovitch tchekhov, né en 1860 à taganrog, un petit port du sud de la russie, écrit une longue pièce que nous connaissons maintenant sous le titre de platonov (le titre original, absent du manuscrit, semble avoir été un néologisme signifiant approximativement " l'absence de pères ").
    Il y évoque la vie dans un domaine comme celui où son grand-père avait dû servir et y décrit la petite bourgeoisie de taganrog ; boutiquiers, nobles déchus, militaires de retour de la guerre de crimée au cours de laquelle massacres et pillages ont discrédité la génération des pères. trop longue, trop brutale, liée à l'actualité la plus immédiate, la pièce ne sera jamais jouée de son vivant, bien qu'il l'ait remaniée à plusieurs reprises pour l'abréger.
    La version originale que nous donnons ici (en signalant les coupes opérées par tchekhov pour la réduire et la normaliser) n'avait à ce jour jamais été traduite en français. elle permet de comprendre dans sa plénitude la force d'une oeuvre qui contient comme à l'état brut tout le théâtre du plus grand auteur dramatique de son temps. f. m

  • Pourquoi ? Mais quoi, toute chose terrestre Ne crie-t-elle sa honte ? A-t-elle pu Nier l'histoire imprimée dans son sang ?

    Non, n'ouvre plus les yeux, Héro, sois morte.

    Si je ne te pensais agonisante, Si je croyais que ta conscience allait Résister à tes hontes, c'est moi-même, Comme un dernier renfort de tes remords, Qui frapperais ta vie. Et j'étais triste De n'en avoir qu'un seul ? Et j'en voulais À la frugalité de la nature ?

    Tu étais une en trop-pourquoi rien qu'une ?

    Pourquoi as-tu toujours été aimable À mes regards ? Pourquoi, par charité, N'ai-je pas recueilli l'enfant d'un pauvre, Dont, s'il se fût ainsi souillé d'ordure, J'aurais pu dire : « Rien de moi n'est sale, C'est de reins inconnus que vient la honte. » « Écrite dans les dernières années du règne d'Elizabeth, en 1598, Beaucoup de bruit pour rien est la première des pièces que Shakespeare consacre plus particulièrement à la Rumeur. D'Othello (1603) au Conte d'hiver (1610) en passant par Cymbeline (1609), les chuchotements de la calomnie sèment la haine, la jalousie et la mort. [.] Mais son traitement dans cette comédie est différent de ce que l'on va trouver ailleurs, car si la Rumeur est calomnie et entraîne l'action vers la tragédie, elle peut aussi avoir des effets positifs. » Margaret Jones-Davies, extrait de la préface

  • Quand je suis saoul. tout me plaît. Mmoui. Il fait ses prières ! Parfait ! L'homme, il peut croire ou ne pas croire. ça le regarde ! L'homme - il est libre. il paye toujours pour tout ; pour sa croyance, pour son incroyance, pour l'amour, pour l'intelligence - l'homme paye toujours lui-même, et c'est pour ça qu'il est - libre !. L'homme, c'est ça la vérité ! C'est quoi, l'homme ?. Ce n'est pas toi, ce n'est pas moi, ce n'est pas eux. non ! - c'est toi, moi, eux, c'est le vieux, et Napoléon, et Mahomet. en un seul tout ! Tu comprends ? C'est immense ! C'est ça, l'alpha et l'oméga. Tout est dans l'homme - et tout est pour l'homme ! Il n'y a que l'homme qui existe, tout le reste, c'est l'oeuvre de ses mains et de son cerveau ! L'HOMME ! C'est magnifique ! Ça sonne. fier ! L'HOMME ! Il faut respecter l'homme ! Ne pas le plaindre. ne pas l'humilier par la pitié. c'est le respecter qu'il faut ! Buvons à l'homme, Baron ! C'est bien, ça. de se sentir un homme !. -

  • On n'entend pas le pas d'un homme qui va à son travail et quand un homme court vers ce qu'il aime c'est son souffle qu'on entend mais quand la foule des guerriers se met en chemin c'est son pas d'abord qu'on entend son pas qui martèle oui les coups du marteau sur la terre le pas qui frappe et qui dit je suis là je suis partout Stabat Mater Furiosa, cri solitaire d'une femme qui se révolte contre la guerre et la violence, fut montée pour la première fois en 1999 par Christian Schiaretti. Depuis plus de soixante mises en scène ont été réalisées en France. Cette pièce d'un poète venu au théâtre a été traduite en sept langues et jouée dans quatorze pays.

  • Ce n'est pas bien ou mal‚ ou rassurant encore. Ce n'est pas vrai‚ c'est ainsi‚ ce n'est pas vrai‚ on imagine et on s'arrange avec ce qu'on imagine‚ mais ce n'est pas vrai.

    Je ne sais pas‚ je ne crois pas‚ je ne mourrai pas de chagrin‚ je ne m'imagine déjà plus‚ il ne me semble pas‚ je ne m'imagine déjà plus mourir de chagrin.

    Pourquoi est-ce que je mentirais ?

    On voulait la tragédie‚ la belle famille tragique mais nous n'aurons pas cela‚ juste la mort d'un garçon dans une maison de filles.

    Tu peux sourire‚ rien d'autre.

    Ce texte fut le premier à participer à la reconnaissance de Jean-Luc Lagarce après sa disparition, tant sur la scène francophone que sur la scène internationale comme en témoignent plus d'une trentaine de traductions à travers le monde. En 2018, la Comédie-Française donne une nouvelle mise en scène de cette pièce qui, portée par un choeur de cinq femmes, fait écho à Juste la fin du monde.

  • J'aurais préféré ne rien voir. Je me souvenais suffisamment. Et rester là, comme une cousine pauvre...
    Ce que je voudrais que vous sachiez : je craignais de gêner par ma présence, vous ne m'avez jamais beaucoup aimée, Hélène et vous ; et lui, près de vous, il m'aime moins, je préfère ne pas le constater. Un peu exclue par avance, inopportune, là à m'extasier sans fin sur le jardin, l'air de la campagne -je ne vous ai pas dit ? Je n'aime pas beaucoup la campagne et nous ne souhaitons pas prendre votre place ; venir s'y reposer, le barbecue, la tondeuse à gazon pour l'herbe haute, nous ne sommes pas fatigués...

  • Je disais l'amour de ma vie et je te regardais / je te regarde et je pense je ne te reconnais plus / ton corps je le connais / les attaches les os tout ça je connais / mais dessous il y a quoi / dessous sous l'enveloppe il y a quoi ? / une sorte de nouveau toi et moi qui n'a rien à voir rien à voir je suis désolé / Un couple clôture son amour en deux monologues qui vont au bout de leur pensée, deux longues phrases qui ne sauraient s'interrompre, manière de solder les vieux comptes et marquer dans une langue poussée à bloc le territoire des corps.

    Clôture de l'amour, écrit pour les acteurs Audrey Bonnet et Stanislas Nordey, a été créé lors du Festival d'Avignon 2011 dans une mise en scène de l'auteur et a reçu un accueil enthousiaste auprès du public et de la critique. La pièce obtient, en 2012, le Prix de la Meilleure création d'une pièce en langue française du Syndicat de la critique et le Grand Prix de Littérature dramatique du Centre national du Théâtre. En 2013, le Prix de l'Auteur sera décerné à Pascal Rambert et celui de la Comédienne à Audrey Bonnet lors du premier Palmarès du théâtre.
    Traduit en dix-huit langues et joué dans une vingtaine de pays ce texte peut désormais être considéré comme un incontournable du théâtre français de ce début du XXIe siècle.

  • L'histoire sans histoire d'un homme dans la France de ces vingt dernières années, les rencontres, la famille, les amis, les amours rencontrées et vécues, le travail et les aventures. Le roman.
    On regarde, on imagine ce que sera sa vie, on croit la voir devant soi, et peu à peu, la vivant, on se retourne lentement sur soi-même, on observe le chemin parcouru, l'éloignement lent et certain qui nous mena là où nous sommes, aujourd'hui, du pays lointain d'où nous sommes partis.
    C'est le récit de l'échec, le récit de ce qu'on voulut être et qu'on ne fut pas, le récit de ce qu'on vit nous échapper. Et la douleur, oui. La douleur, mais encore, peut-être la sérénité de l'apaisement, le regard paisible porté sur soi-même.

  • De quoi peut-on hériter quand il n'y a comme patrimoine rien d'autre que des vies détruites ? Comment sauver sa peau sans avoir le sentiment de trahir les siens ? Dans un cinéma qui semble abandonné, la grand-mère de Christophe Honoré, Mémé Kiki, retrouve certain·e·s de ses dix enfants. Il y a aussi le père Puig, son second mari, banni pourtant depuis des années. Ils et elles sont réuni·e·s parce qu'un de leurs petits-enfants, celui qui fait du cinéma, celui qui ne vit plus dans le même monde qu'eux et elles, a quelque chose à leur dire. Il a imaginé un film pour raconter leur histoire commune - un film que le cinéaste avait en effet écrit mais qu'il ne s'est jamais résolu à tourner.

    Le film imaginaire est l'occasion d'une dernière réunion de famille réunissant les vivant·e·s et les mort·e·s. Christophe Honoré compose le récit de leur histoire commune à travers leurs dialogues contradictoires. Les personnages de sa famille sont incarné·e·s par des acteurs·rices, et des séquences filmées reconstituent ses souvenirs. Ainsi s'esquisse la destinée d'une famille de la classe populaire sur cinq décennies, ses amours, ses désillusions, ses blessures. Le dialogue théâtral et le récit cinématographique, la parole au présent du théâtre et la force d'évocation du cinéma parviennent ensemble à restituer l'empreinte du lien familial par-delà les années. Ainsi Le Ciel de Nantes décrit avec tendresse et humour le futur des histoires d'où nous venons et qui ne sont plus les nôtres.

  • Naître, ce n'est pas compliqué. Mourir, c'est très facile. Vivre, entre ces deux événements, ce n'est pas nécessairement impossible. Il n'est question que de suivre les règles et d'appliquer les principes pour s'en accommoder, il suffit de savoir qu'en toutes circonstances, il existe une solution, un moyen de réagir et de se comporter, une explication aux problèmes, car la vie n'est qu'une longue suite d'infimes problèmes, qui, chacun, appelle et doit connaître une réponse.
    Appuyé sur le livre des convenances, des usages et des bonnes manières, faisant toujours référence, sans jamais rien laisser passer de sa propre nature intime, cette bête incontrôlable qui ne laisse parler que son coeur, c'est bien risible, faisant toujours référence et ne voulant pas en démordre, à la bienséance, l'étiquette, les recommandations, le bon assortiment des objets et des personnes, le ton et l'ordre, on se tiendra toujours bien, on sera comme il faut, on ne risquera rien, on n'aura jamais peur.

    Si l'on en croit la baronne, tout est simple sur terre, pour peu que l'on respecte les règles d'un savoir-vivre, où de la naissance à la mort, rien n'échappe aux canons du bon goût officiel.
    Le Monde Un implacable et fort drôle manuel de sauvetage, sinon de survie, au fil des rites qui régissent la vie, de la naissance à la mort.
    Le Nouvel Observateur Lagarce passe insensiblement de la chambre nuptiale à la chambre mortuaire et, partant, raconte l'histoire d'une vie réglée comme du papier à musique et qui, sous la partition tatillonne, pousse par mégarde les pions de sa mélodie.
    Libération.

  • Tiago Rodrigues revient à sa première pièce de théâtre. Écrite et créée à Lisbonne, en 2007, Le Choeur des amants est un récit lyrique et polyphonique. Un jeune couple raconte à deux voix la condition de vie et de mort qu'ils traversent lorsque l'un d'eux se sent étouffé.
    En juxtaposant des versions légèrement diff érentes des mêmes événements, la pièce nous permet d'explorer un moment de crise, comme une course contre la montre, où tout est menacé et où l'on retrouve la force vitale de l'amour.
    Treize ans après sa première création, Tiago Rodrigues invite Alma Palacios et David Geselson à donner corps à ces deux personnages qu'il a inventés. Il en profi te aussi pour imaginer ce qui leur est arrivé toutes ces années. Sans se limiter à en faire une nouvelle mise en scène, il décide d'écrire sur le passage du temps et ce qui en découle sur la vie des amants. Qu'en est-il, de cet amour qui a défié la mort ?
    « Interroger mes personnages sur leur vécu, c'est comme m'interroger sur le vécu de mon théâtre depuis que j'ai commencé à écrire », nous dit Tiago Rodrigues. « Les personnages seront-ils encore amoureux ? Ce jeune homme que j'étais, qui a osé écrire cette pièce, sera-t-il porté par la même nécessité de faire du théâtre ? Je ne sais pas si je suis prêt à entendre la réponse, mais je ne peux éviter la question. »

  • Erreur de construction [1977] Les mécanismes les plus simples de notre langage, répétés à l'infini, peuvent-ils être l'essence même d'une représentation théâtrale ?

    Carthage, encore [1977] Après la catastrophe, ils sont bloqués là et rêvent de partir, de s'en sortir, s'enfuir. Mais comme la solidarité n'est pas leur fort, ils n'arrivent pas à grand-chose.

    La Place de l'autre [1979] Lui est assis sur une chaise, Elle est debout. Seul jeu possible, mettre en oeuvre la meilleure stratégie pour prendre la place de l'autre.

    Voyage de Madame Knipper vers la Prusse Orientale [1980] Sur la route de l'exil, des gens qui possédaient tout et viennent peut-être de tout perdre, se racontent le long voyage de Madame Knipper fuyant la Capitale. Le leur, peut-être.

    Ici ou ailleurs [1981] Une femme qu'un homme quitte oublie son enfant. Un fils revient là où l'attend sa mère. Une actrice court les scènes sans jamais s'imposer. De ces vies éparses les responsables voudraient qu'« il » écrive l'histoire. Mais en est-il seulement capable ?

    Les Serviteurs [1981] À l'étage Monsieur et Madame ont peut-être disparu, mais chacun en bas assure son service et sa fonction.

    Noce [1982] C'est la noce. Les laissés-pour-compte, les oubliés de la fête veulent participer. Ils montent à l'assaut des mariés, ils font la révolution mais devront eux aussi inventer un nouveau monde.

    La Bonne de chez Ducatel [1977, inédit] Mme Ducatel, son fils et Pauline, la bonne. Pauline fait le ménage (ou bouquine) tandis que Mme Ducatel assassine son mari. Dans la maison d'à côté, c'est la même chose, sauf que la bonne est déléguée.

  • Penthésilé·e·s (Amazonomania) : Et si Penthésilée s'était volontairement empalée sur la lance d'Achille pour emmener la guerre ailleurs ? Audelà de la vengeance ? Au-delà de la loi du Talion ? Arrêter la machine simple de la haine et de la dominati on ? Proposer autre chose de plus verti gineux ? Une alliance entre les mort·e·s et les vivant·e·s, l'humain et l'animal, le féminin et le masculin ? Créer de la coopérati on plutôt que de la compéti ti on, lutt er avec plutôt que de lutt er contre ?
    Ce texte redonne une place, une voix, des voix, à ces corps parce que les voix sont les premières à s'élever dans les révoluti ons, parce qu'elles ont cett e capacité à se propager comme l'oxygène, une fuite de gaz ou de la poudre et à un moment donné, elles explosent, jaillissent en pleine lumière, à ciel ouvert et elles donnent de l'énergie à celles et ceux encore vivant·e·s pour aller de l'avant, conti nuer la lutt e parce qu'il y a encore à faire pour empêcher la destructi on, défendre la multi plicité des formes et des styles de vies.


    Océanisé·e·s : Chercher une langue qui dise l'étendue, la lumière changeante, le ciel changeant, les vents changeants, le bateau qui s'écrase dans le versant de la houle, le corps poussé en avant et en arrière, les mains qui cherchent des points d'accroche, la cloche qui sonne la verti cale, la rafale, chercher la langue qui empêche le corps de se mouvoir, qui rend tout geste compliqué, diffi cile, parfois inuti le, trouver la langue qui doit aller à l'essenti el, être précise, proche de la chute, de l'échec, la langue qui dérape, qui raconte comment la descente dans la cabine est une descente dans un monde renversé, chaviré, faire senti r les orteils brûlés, la manière dont le vent, la houle, le bateau s'apprivoisent, trouver l'ordre des mots qui va avec la structure du ciel, de la mer, du bateau, des bruits de grince, de gronde, de clapot, de claquement, de roulis, s'approcher au plus près des embruns qui s'abatt ent dans le col, dans les manches, dans les bott es, sur le visage, et le dauphin qui surgit à bâbord, la barre de nuages noirs à tribord, le détail qui te sauvera la peau et l'infi nie beauté qui te traverse en même temps qu'elle t'écrase, tenir le cap comme on ti ent son journal de bord pour ne pas perdre pied.

  • Une boule transparente, on la renverse et il tombe de la neige. Cet objet incontournable des boutiques de souvenirs a fait rêver des générations d'enfants. Souvent remisé après usage au fond d'un tiroir, il est aussi un Graal pour les collectionneurs toujours en quête de la boule manquante, celle qui leur rendra leur enfance à jamais perdue. Considérée comme dérisoire, la boule à neige est loin d'être un objet anodin, comme le révèlent Mohamed El Khatib et l'historien Patrick Boucheron. Ils montrent dans cette performance comment un tel phénomène issu de la culture populaire permet d'interroger les actes de « qualification » et de « croyance » qui, par des opérations de « bénédiction » esthétique, de « sacrement » culturel, transforment un objet ordinaire en oeuvre d'art.
    Hugues Le Tanneur, pour le Festival d'Automne à Paris

  • Deux amis : c'est un couple Stanislas Nordey et Charles Berling vivant ensemble et travaillant ensemble qui remontent comme l'avait fait Antoine Vitez avec les quatre Molière (Le Misanthrope, L'École des femmes, Tartuff e et Dom Juan) de la manière que l'avait fait lui-même Molière et Antoine avec une table deux chaises et un bâton. Pendant la répéti ti on et les questi ons de préparati on du travail Stanislas lit comme cela nous arrivera à tous sur le portable de Charles un sms qu'il n'aurait pas dû lire. À parti r de là c'est l'explosion ultra-violente en direct et en temps réel d'un couple d'arti stes. (P. R.).

    Toi : Depuis de nombreuses années je veux travailler avec Valeria Bruni Tedeschi. Quand elle était à Nanterre à l'école de Patrice Chéreau j'étais à Chaillot à l'école d'Antoine Vitez. Je la voyais de loin. Je voulais travailler avec elle. Et puis il y a eu Rêve d'automne de Chéreau au Théâtre de la Ville. C'était clair que je voulais travailler avec elle. Et puis ses fi lms aussi. Tous ses fi lms. Et le dernier revu dans un avion en rentrant du Mexique m'a fait me dire elle est comme une soeur pour les histoires qu'elle écrit et que j'écris. Alors on s'est vus et on a décidé de faire cela : je vais écrire une déclarati on d'amour d'une fi lle pour sa mère. Sa mère est sa vraie mère.
    Marisa Borini. Elle est celle qui joue du piano sur un grand Bosendorfer entre les silences de sa fi lle. C'est à elle que les mots sont desti nés. Et c'est Valeria qui les vit. (P. R.).

  • Plus qu'un art, la tauromachie était pour Juan Belmonte un exercice spirituel, portant les émotions dans un espace infini, dans une éternité. C'est une recherche incessante de la beauté tragique qui est à l'oeuvre dans Liebestod, une tentative de communiquer directement avec le sacré, aussi bien dans la pratique du toréro que sur le plateau de Angélica Liddell. « Je cherche l'instant sublime, la transfiguration, l'enthousiasme débordant, l'éclat et la lumière, ce transport lyrique qui a lieu quand on aime. » Liebestod raconte ainsi bien plus qu'une épopée de la tauromachie, le spectacle devient une offrande, « c'est l'oeuvre d'une femme amoureuse, et mortelle. C'est aussi une immolation ».
    Titre du final de l'opéra Tristan und Isolde créé en 1865 par Richard Wagner, Liebestod signifie littéralement « mort d'amour ». Le compositeur met en musique sa propre réécriture poétique de la légende médiévale celtique. Le mot liebestod se réfère au thème de l'érotisme de la mort ou de « l'amour à mort », invoquant l'idée que la consommation de l'amour du couple se fait dans la mort ou même après celle-ci.
    Toréro influent, Juan Belmonte naît à Séville en 1892, il est considéré comme un révolutionnaire de la corrida. Au lieu de reculer devant la charge du taureau à l'instar de ses contemporains, Juan Belmonte est le premier à attendre immobile, puis à tenter d'enchaîner les passes. Il est l'inventeur de nombreuses manoeuvres. La légende raconte qu'il se tire une balle dans la tête en 1962 après un désarroi amoureux. Une autre raison pour son suicide chevaleresque serait le désespoir de ne plus pouvoir toréer.

  • Ne le promets pas. Ne promets pas de revenir vite‚ très vite !... Ne dis pas que je n'aurai pas le temps de te voir parti. Ne dis rien ! Ne me demande surtout pas de t'attendre‚ de regarder souvent sur la mer de l'autre côté des terrasses.
    Est-ce que je t'ai dit que j'avais peur ?

    Les vingt-quatre chants d'Homère deviennent chez Lagarce dix-huit scènes qui se libèrent du texte originel pour devenir geste original et écriture personnelle. Le fils, Télémaque, est sur le départ. Un choeur de personnages féminins - Calypso‚ Circé‚ Nausicaa et Pénélope‚ la mère - attend le retour d'un homme‚ Ulysse‚ après une longue absence. Dans Elles disent... l'Odyssée, nous retrouvons les thèmes majeurs de l'oeuvre lagarcienne : le départ‚ l'attente‚ le retour...

    Ce texte écrit en 1978, a été créé en janvier 1979 à l'Atelier du Marché, à Besançon, dans une mise en scène de l'auteur.

  • Après la représentation, on chante une fois encore, on joue de petits sketches idiots qui nous firent toujours rire - ceux-là qu'on préfère et que nous gardons pour nous - on danse un vieux numéro que nous avions appris pour une ancienne revue de pacotille, on se souvient du temps de notre gloire passée au kristall-palast de leipzig.
    On ricane, on imite, on hurle de rire et parfois, aussi, nous nous laissons aller à la nostalgie. demain, nous fuirons, mais, ce soir encore, nous faisons semblant puisque nous ne savons rien faire d'autre.

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