Folio

  • Huis clos ; les mouches

    Jean-Paul Sartre

    «Garcin : - Le bronze... (Il le caresse.) Eh bien, voici le moment. Le bronze est là, je le contemple et je com prends que je suis en enfer. Je vous dis que tout était prévu. Ils avaient prévu que je me tiendrais devant cette cheminée, pressant ma main sur ce bronze, avec tous ces regards sur moi. Tous ces regards qui me mangent... (Il se retourne brusquement.) Ha ! vous n'êtes que deux ? Je vous croyais beaucoup plus nombreuses. (Il rit.) Alors, c'est ça l'enfer. Je n'aurais jamais cru... Vous vous rappelez : le soufre, le bûcher, le gril... Ah ! quelle plaisanterie. Pas besoin de gril : l'enfer, c'est les Autres.»

  • Rhinocéros

    Eugène Ionesco

    Rhinocéros est la pièce la plus riche de Ionesco. Elle ne perd rien de l'esprit d'innovation, de provocation, des premières pièces. Comme elles, celle-ci mélange les genres et les tons, le comique et le tragique. Mais l'innovation principale qui s'introduit ici est la réflexion sur l'Histoire, à travers le mythe. La pièce est une condamnation de toute dictature (en 1958, on pense au stalinisme). Ionesco condamne autant le fascisme que le communisme. C'est donc une pièce engagée : « Je ne capitule pas », s'écrie le héros.
    Le rhinocéros incarne le fanatisme qui « défigure les gens, les déshumanise ». On sent l'influence de La Métamorphose de Kafka. Dans une petite ville, un rhinocéros fait irruption. Par rapport à lui, les personnages prennent diverses attitudes. Certains se transforment en rhinocéros ; un troupeau défile. Seul Bérenger résiste à la marée des bêtes féroces, symboles du totalitarisme.

  • Les justes

    Albert Camus

    « Ne pleurez pas. Non, non, ne pleurez pas ! Vous voyez bien que c'est le jour de la justification. Quelque chose s'élève à cette heure qui est notre témoignage à nous autres révoltés : Yanek n'est plus un meurtrier. Un bruit terrible ! Il a suffi d'un bruit terrible et le voilà retourné à la joie de l'enfance. »

  • Art

    Yasmina Reza

    « Mon ami Serge a acheté un tableau.
    C'est une toile d'environ un mètre vingt, peinte en blanc. Le fond est blanc et si on cligne des yeux, on peut apercevoir de fins lisérés blancs transversaux.
    Mon ami Serge est un ami depuis longtemps. » Serge vient d'acheter une oeuvre contemporaine d'un certain Antrios, peintre très côté. Marc, son ami, trouve que se ruiner pour un tel tableau acheté "20 briques" est aussi grotesque qu'absurde. Yvan, lui, va bientôt se marier avec une certaine Catherine, choix que ses deux amis n'approuvent pas. Serge, Marc et Yvan (bouc-émissaire des deux autres), vont réussir à s'humilier, se déchirer et se mépriser, au nom d'une oeuvre d'Art.
    Un texte drôle et subtil sur l'amitié et ce qu'elle peut comporter comme part de passion et d'incompréhension.

  • « Mme Smith : Tiens, il est neuf heures. Nous avons mangé de la soupe, du poisson, des pommes de terre au lard, de la salade anglaise. Les enfants ont bu de l'eau anglaise. Nous avons bien mangé ce soir. C'est parce que nous habitons dans les environs de Londres et que notre nom est Smith... »

  • Somptueux divertissement poético-militaire, pièce historique qui rappelait à la fois Les Trois Mousquetaires et le monde des précieux, drame en vers d'une ahurissante virtuosité où parut revivre le meilleur de Ruy Blas, Cyrano conquit sans peine un public lassé du théâtre d'idées, qu'enflamma le patriotisme culturel de l'auteur. « Ainsi, il y a un chef-d'oeuvre de plus au monde », écrivait Jules Renard le soir de la générale. Il faut sans doute en rabattre un peu, mais un peu seulement : bien que né dans le sérail de la plus bourgeoise des bourgeoisies, Cyrano demeure la plus grande réussite de théâtre populaire à ce jour connue et le dernier acte, avec son couvent et ses feuilles mortes, est aussi émouvant qu'un finale de Verdi.

  • Knock

    Jules Romains

    « Le tambour : Quand j'ai dîné, il y a des fois que je sens une espèce de démangeaison ici. Ça me chatouille, ou plutôt ça me gratouille.
    Knock : Attention. Ne confondons pas. Est-ce que ça vous chatouille, ou est-ce que ça vous grattouille ?
    Le tambour : Ça me grattouille. Mais ça me chatouille bien un peu aussi...
    Knock : Est-ce que ça ne vous grattouille pas davantage quand vous avez mangé de la tête de veau à la vinaigrette ?
    Le tambour : Je n'en mange jamais. Mais il me semble que si j'en mangeais, effectivement, ça me grattouillerait plus. »

  • Les bonnes

    Jean Genet

    Claire et Solange sont au service de Madame depuis des années. Elles l'aiment beaucoup, à tel point qu'elles décident de la tuer... Quelques gouttes de poison dans le tilleul quotidien, et l'affaire sera réglée. Encore faut-il faire boire sa tisane à Madame, complètement dé-bor-dée depuis que Monsieur est en prison : et pour honorer au mieux son mari qui va être libéré, il lui faut de nouvelles toilettes, de nouveaux chapeaux... Une comédie qui tourne vraiment mal, une poésie étrange, un théâtre résolument moderne dans lequel chacun cherche sa place : Claire, Solange et Madame forment un trio étonnant.

  • « Caligula : C'est une vérité toute simple et toute claire, un peu bête, mais difficile à découvrir et lourde à porter.
    Hélicon : Et qu'est-ce donc que cette vérité, Caïus ?
    Caligula : Les hommes meurent et ils ne sont pas heureux.
    Hélicon : Allons, Caïus, c'est une vérité dont on s'arrange très bien. Regarde autour de toi. Ce n'est pas cela qui les empêche de déjeuner.
    Caligula : Alors, c'est que tout, autour de moi, est mensonge, et moi, je veux qu'on vive dans la vérité ! »

  • Le tartuffe

    Molière

    Après la première représentation du Tartuffe, le roi se voit obligé d'interdire la pièce et certains vont jusqu'à demander le bûcher pour son auteur. C'est que dans cette comédie, Molière dénonce la fausse dévotion, l'hypocrisie, l'imposture au service de l'ambition. Les amours de Marianne et de Valère sont menacées par le culte sans bornes que voue le bourgeois Orgon à un certain Tartuffe à qui il veut marier sa fille. Le héros, machiavélique et infâme, dont l'hypocrisie révolte les autres membres de la famille, entreprend de séduire Elmire, la femme de son hôte... Querelles, affrontements, portes qui claquent, supplications, l'un qui écoute aux portes, l'autre qui se cache sous la table, un huissier qui vient saisir les meubles, un Exempt qui fait intervenir la force publique : on n'a pas le temps de s'ennuyer dans la maison Orgon, le train y est infernal.

  • Saint-Tropez l'hiver. Dans la mélancolie d'une villa inhabitée, Suzanna Andler hésite entre son mari et son amant. Transcendant les codes du théâtre de Boulevard, Marguerite Duras offre le portrait bouleversant d'une femme en quête d'une impossible émancipation. « C'est une femme cachée, cachée derrière sa classe, cachée derrière sa fortune, derrière tout le convenu des sentiments et des idées reçues... Elle ne pense rien, Suzanna Andler. Mais j'ai essayé de la lâcher, de lui redonner une liberté. » Marguerite Duras Avec quatre photographies en couleurs du film Suzanna Andler de Benoit Jacquot.

  • Molière mourant s'est arraché une de ses plus belles comédies, et des plus actuelles. Qui ne se croit malade ? Qui ne dépend un jour de ses médecins, au point de refuser de guérir, ou d'en être séparé ? Et quel médecin n'est tenté par l'arrogance et le secret ? Un auteur visionnaire a ainsi dépeint la France, pays qui détient le record de la consommation des médicaments en Europe.

  • Tout le monde la connaît. Peu peuvent l'expliquer. C'est ce que fait à merveille Emmanuel Jacquart, éditeur du Théâtre de Ionesco dans la Bibliothèque de la Pléiade. Il commence par retracer l'historique, la genèse de la pièce, à partir de L'anglais sans peine de la méthode Assimil. Les répliques se sont naturellement assemblées, et l'ensemble a produit ce que l'auteur appelle une «anti-pièce», une vraie parodie de pièce, sans ambition idéologique particulière.
    Dans cet illustre chef-d'oeuvre, l'esprit de dérision prend le contre-pied de la tradition. Une série de sketches désopilants jusqu'au dénouement tonitruant et digne des surréalistes, telle est la pièce dont nous étudions les secrets en la replaçant dans la tradition de l'antitradition, de la modernité en évolution.

  • Le misanthrope

    Molière

    Placé dans une situation sociale comique, amoureux d'une coquette, Alceste voit défiler tous les types humains qu'il réprouve. Molière a enfermé toute une époque dans un salon mondain et fait le portrait d'un milieu où le misanthrope fait figure d'attardé..

  • MACBETH

    William Shakespeare

    Macbeth : Ce qu'un homme ose, je l'ose ! Viens à moi / Sous l'apparence de l'ours russe le plus farouche, / Du rhinocéros le plus hérissé, du tigre / Le plus féroce de l'Hyrcanie. Prends toute forme / Sauf celle-ci, et mes nerfs assurés ne trembleront pas. / Ou encore : revis, et défie-moi / Au combat à l'épée jusque sur la lande déserte / Et si je reste ici à trembler de peur, tu pourras me dire / Une poule mouillée.
    Va-t'en, va-t'en, / Horrible spectre, image sans substance ! (Acte III, scène IV)

  • L'école des femmes

    Molière

    Le cocu imaginaire offre le premier modèle de ces personnages dont les souffrances vont constituer l'essence de la comédie. Celle-ci donne, avec Arnolphe et Agnès, l'image des rêves, des désirs, des passions qui agitent le corps et le coeur des hommes. Et l'éveil d'Agnès, malgré la soumission où l'a tenue son tuteur, pose directement, à une société qui ne l'avait jamais entendue avec autant d'acuité, la question de l'éducation des filles, et celle de leur liberté. L'École des femmes marque ainsi une date dans l'oeuvre de Molière et dans l'histoire du théâtre lui-même : elle élargit le champ de la comédie à la peinture de l'homme et de la société, et affirme la dignité et la richesse du genre comique.

  • Ubu Roi

    Alfred Jarry

    Le personnage d'Ubu, né d'une pièce créée par des lycéens, est devenu le symbole universel de l'absurdité du pouvoir, du despotisme, de la cruauté. Jarry en montre le ridicule, lui oppose l'arme que les faibles gardent face aux tyrans, la formidable liberté intérieure que donne le rire. Le sens du comique et de l'humour change le tyran en marionnette, en ballon gonflé d'air.

  • "La guerre de Troie n'aura pas lieu", dit Andromaque quand le rideau s'ouvre sur la terrasse du palais de Priam. Pâris et Hélène ne s'aiment plus, mais les Troyens feront tout ce qui est en leur pouvoir pour conserver celle qu'ils appellent "la beauté", même au prix de la guerre. Chacun de leur côté, Hector et Ulysse tentent vainement de sauver la paix mais la Fatalité est plus puissante que la volonté des hommes.
    Pièce en deux actes qui mêle les grands thèmes classiques aux inquiétudes modernes, elle a été présentée pour la première fois le 22 novembre 1935 au Théâtre de l'Athénée sous la direction de Louis Jouvet. Son succès éclatant et immédiat ne s'est jamais démenti depuis.

  • L'avare

    Molière

    Harpagon est l'une des plus grandes créations de Molière. Tout, dans cet homme, respire l'avarice et la décrépitude. Rongé par une maladie de corps, Harpagon l'est aussi par une maladie de l'âme. Ladre, il rogne sur la nourriture et les habits de ses domestiques, sur l'avoine de ses chevaux, sur l'entretien de son fils, obligé d'emprunter à taux usuraire pour vivre, et sur les cadeaux indispensables à sa fiancée. Usurier, il prête à des taux exorbitants, calcule, évalue tous les objets qui l'entourent. Dans cette atmosphère poussiéreuse et sordide, où fusent les mots féroces, le père usurier s'oppose au fils emprunteur. L'avarice détruit l'amour filial, l'amour paternel, l'amour quel qu'il soit. La cassette remplie d'or enterrée dans le jardin est l'âme, le coeur, le souffle même d'Harpagon. Les retrouvailles d'un homme et d'une cassette sont ici le seul hymne à l'amour.

  • Il faut lire Le Cid dans sa première version, celle de 1637, qui explose comme un coup de tonnerre, avec la fougue de la jeunesse, le flamboiement du sang, les trompettes de la victoire. On s'aime, on se déchire, on libère sa patrie en quelques heures parmi les plus intenses de notre théâtre.
    Drame du conflit entre les sentiments passionnés et les dures contraintes du devoir moral et politique, la pièce offre une liberté de ton et une audace formelle que Corneille, pour se conformer aux codes d'une dramaturgie classique en train de se mettre en place, s'attachera par la suite à atténuer, mais dont le texte original, que cette édition restitue, conserve l'éclat.

  • Même si les pièces de cette « trilogie familiale », semblent indépendantes les unes des autres, de par leur sujet et leurs faibles échos réciproques, on retrouve dans chacune les principaux personnages que sont Anne, la mère, Pierre, le père, et Nicolas, le fils. Les sujets, douloureux, n'empêchent pas l'humour de certaines répliques. Les scènes opèrent parfois des retours en arrière, comme pour changer le cours des événements, ou comme une consolation pour le personnage qui, probablement, ne fait que les imaginer. Le Père met en scène André, un homme de 80 ans , probablement atteint de la maladie d'Alzheimer. Désemparée, sa fille Anne se démène pour lui venir en aide, lui procurant des infirmières qu'il décourage aussitôt. La maladie progresse avec les oublis, les hallucinations, le délire de persécution, la confusion des lieux et des êtres, mais aussi avec l'étonnante logique d'André dans sa façon de rétorquer et de se défendre, son désir farouche d'indépendance, son refus d'être traité comme un enfant et ses éclairs de lucidité: « J'ai l'impression de perdre toutes mes feuilles, les uns après les autres. » Il ne comprend pas l'inquiétude de sa fille, lui qui n'a rien demandé. Elle l'installe dans l'appartement qu'elle partage avec Pierre, son mari, mais ce dernier s'insurge contre cette présence si perturbante. Anne devra se résoudre à faire admettre son père dans un établissement spécialisé. La Mère exprime le désarroi d'Anne, une femme confrontée à cette période délicate où les enfants s'éloignent, où Pierre, son mari, s'absente de plus en plus souvent, sous des prétextes professionnels. L'alcool et les somnifères accentuent son sentiment d'abandon, de trahison, mais aussi l'amour démesuré et envahissant qu'elle porte à son fils Nicolas. Ce dernier revient d'ailleurs chez elle, mais ce retour, et les propos qu'ils échangent alors, sont peut-être seulement rêvés par Anne. D'où des paroles en boucles, des débuts de scène qui se répètent, comme si l'on reprenait les choses chaque fois à leur début. Un voisin la trouvera inanimée. A l'hôpital, le père et le fils, ombres impuissantes, sont à son chevet. Il ne reste plusalors à Anne que le réconfort des images du passé. Le Fils aborde un autre sujet tragique: celui de l'adolescence parfois insurmontable pour celui qui s'y trouve confronté (en l'occurrence, il s'agit d'un Nicolas plus jeune que celui de la pièce précédente) mais aussi pour ses parents. Anne et Pierre ont divorcé (ce dernier étant en couple avec Sofia, dont il a eu un autre fils, Sacha, encore bébé). Nicolas vit avec sa mère, mais, délaissant l'école et ses amis, il se réfugie chez son père pour tenter d'échapper aux reproches d'Anne, reproches qui reviennent fatalement sous ce nouveau toit. Père et mère tentent tout, dialogue, patience, compréhension, colère parfois, mais leurs paroles glissent sur Nicolas qui se contente, du moins en apparence, d'associer son mal-être à la séparation de ses parents. Or le mal est beaucoup plus profond, et finira par l'emporter, au moment même où ses parents reprenaient espoir.

  • Richard, duc de Gloucester, est le frère cadet du roi Édouard IV d'Angleterre. Il est né boiteux et bossu. Durant la guerre des Deux-Roses (1450-1485) opposant deux branches rivales de la même maison royale (la rose blanche d'York, maison à laquelle appartiennent Édouard et Richard, et la rose rouge de Lancastre), Richard a aidé son frère à devenir roi en supprimant ses adversaires. Mais, rongé par la jalousie, il n'a qu'une seule idée en tête : conquérir le trône d'Angleterre, en éliminant tous ceux qui l'empêcheront d'accomplir son noir dessein, qu'ils soient de la maison de Lancastre ou de la maison d'York...

  • Promené de famille en famille à la suite d'une amnésie provoquée par la grande guerre, Gaston, devenu riche malgré lui grâce à ses arriérés de pension, retrouve par étapes dix-huit ans plus tard chez les Renaud des moments de sa vie antérieure. Seulement, plus les révélations s'accumulent jusqu'à la découverte ultime, plus le divorce s'accuse entre l'être qu'il fut et l'être dont il avait rêvé.
    Sur ce canevas qui n'est pas sans dettes vis-à-vis de Pirandello et de Giraudoux, Jean Anouilh compose une pièce forte autour des thèmes de la mémoire, du passé, de la société bourgeoise, de la nostalgie de la pureté et de l'enfance, thèmes qui s'installent pour jamais à l'horizon de l'oeuvre. 1937 se révèle ainsi dans sa carrière une date capitale. Le rôle de Gaston fut d'ailleurs tenu par les plus grands : Georges Pitoëff, Pierre Fresnay, Michel Vitold, Daniel Ivernel.

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