Andre Versaille

  • Eugène aime sincèrement sa femme, l'enfant qu'elle lui donne, mais cet amour sent un peu le devoir, la convention sociale, l'ennui.
    Le désir, c'est Stepanida qui l'incarne, avec sa simplicité rustique, sa spontanéité animale. Ambiguïté du désir: il est à la fois naturel, donc légitime, et perturbateur de l'ordre familial et social, donc illégitime. Stepanida, d'abord décrite avec la bienveillance qu'on a pour l'herbe, pour les fleurs, apparaît peu à peu, au cours de la nouvelle, comme une figure du " diable ". Tolstoï se contente de raconter une histoire terrible de désir, de honte, de mort.
    Il aligne les mots les uns à côté des autres, sans changer de voix. Il n'indique pas le sens qu'il faut donner à son texte: c'est au lecteur seul de juger: mariage, adultère, trahison, remords, tout est posé sous nos yeux, avec la même évidence lumineuse qu'un objet placé sur une table sous un rayon de soleil. C'est pourquoi, de tous les romanciers, Tolstoï me semble être le plus grand.

  • Un fonctionnaire modeste et veuf donne en mariage à son jeune et ambitieux collègue sa fille unique, seule héritière d'une vieille tante fortunée. A la mort de la tante, on découvre avec stupéfaction que celle-ci a mis comme condition à l'héritage (un million de francs) que l'union ne soit pas stérile: si sa nièce ne devait pas avoir d'enfants dans les trois ans, sa fortune serait distribuée aux pauvres. Les jeunes mariés se mettent et se remettent à l'ouvrage, mais leurs ardeurs répétées s'avèrent inutiles. Le mari se révèle incapable de faire un enfant à sa femme. Le temps passe. Que faire pour ne pas manquer l'héritage ?

  • Dans ces deux textes, Paul Claudel offre à entendre, sur un ton ironique et satirique, les justifications que Judas et Ponce Pilate apportent à leurs actes.

  • Kipling nous conte dans cette nouvelle les mésaventures d'un homme - le narrateur - en mal d'inspiration qui tente de faire sienne l'histoire imaginée par un autre.
    Cet autre, Charlie Mears, un jeune commis de 20 ans plein d'aspirations littéraires, est venu le trouver pour qu'il l'aide à améliorer son écriture. Le narrateur découvre très vite que, si Charlie n'a aucun talent littéraire, il se souvient avec exactitude d'expériences palpitantes vécues lors de vies antérieures. Convaincu que le récit de ces aventures pourrait donner lieu à la plus belle histoire du monde, le narrateur tente de persuader Charlie de lui raconter avec précision ces expériences enfouies au fond de sa mémoire.
    Avec ce récit, Kipling aborde les questions relatives à l'écriture et à l'inspiration : Pourquoi écrit-on ? Peut-on écrire si l'on n'est pas le possesseur d'une histoire à raconter ? Comment s'en sort un écrivain dépourvu d'imagination ? Qu'est-ce qui importe le plus : le fond ou la forme ?
    Cette nouvelle pose aussi la question de la transmission inconsciente des souvenirs, de la menace toujours présente de la perte et de l'oubli, de la dépendance enfin, qui s'installe entre celui qui sait et l'ignorant.

  • Cette nouvelle, considérée comme un des chefs-d'oeuvre du divin marquis, fut écrite en prison au même moment que Les 120 journées de Sodome. En une centaine de pages, Sade a pu concentrer, pour la plus vertueuse des héroïnes, toute la cruauté du destin : un viol, deux meurtres, trois incestes et un suicide ! Mais si tout est ici poussé à son paroxysme, ces pages, modèle de retenue et de sobriété, décrivent l'enchaînement implacable des situations et tiennent le lecteur en haleine jusqu'à la dernière ligne.

  • Pourquoi lire aujourd'hui les Mille et une nuits ? Parce que leur message nous concerne toujours. Prenons l'histoire de cette belle Persane, une femme d'une beauté exceptionnelle qui se vend au marché comme esclave et que le vizir du roi achète pour lui en faire cadeau. Ce vizir a un fils, Noureddin, qui tombera tout de suite amoureux de la belle. Là commence l'aventure où des thèmes universels sont abordés: jalousie, envie, manigances, gaspillage, amitié, générosité, égoïsme, etc. Il n'y a pas un seul mot, une seule phrase inutiles dans ce conte.

  • En 1831, sous la Monarchie de juillet, un jeune aristocrate normand se rend aux Etats-Unis. Dans ce formidable laboratoire politique des temps modernes, il observe les principes et le fonctionnement du régime encore neuf qui, il n'en doute pas, ne va pas manquer de devenir la norme partout dans le monde : la démocratie. Telle est l'origine d'un ouvrage devenu aussitôt un classique, De la démocratie en Amérique, qui a valu à son auteur la double immortalité de l'Académie et du public. On lira ici les pages inoubliables où Tocqueville explique comment la démocratie a façonné les moeurs des Américains. Et, en filigrane, comment elle a façonné les nôtres.

  • Ce texte est l'une des plus célèbres des six nouvelles du sulfureux recueil Les Diaboliques. Cette histoire cynique et amorale raconte la passion adultérine dévorante qui unit le comte Serlon de Savigny à la belle Hauteclaire Stassin, maîtresse d'armes avec qui il aime à croiser le fer. Mais le comte est marié...

  • Lyonel Trouillot nous fait dans ce livre l'inventaire de sa vie, de ses passions, de ses amis, de ses lectures et de ses combats.

    "C'est toujours idiot de raconter ses souvenirs. Ils prennent leur autonomie, nous échappent, nous reviennent, avec cette façon qu'ont les choses rebelles de ne pas demander notre avis avant de se manifester. Et puis, parler, raconter, c'est toujours cacher quelque chose. Le récit est le territoire même de l'évitement. Pendant que vous me racontez une histoire, d'autres se déroulent qui mériteraient tout aussi bien d'être contées. Qui en moi décide de ce dont je me souviens ? Et pourquoi ai-je choisi l'oubli de tel visage ou de tel événement ? Peut-être n'ai-je livré que les choses avec lesquelles il m'est permis de vivre en cachant celles qui me hantent vraiment ?" Lyonel Trouillot

  • "Mon pays d'origine, le Congo, possède une petite fenêtre qui donne sur la mer.
    De là, gamin, je voyais passer toutes sortes d'oiseaux, certains pressés, d'autres à l'envol lourd. Parmi eux, les oiseaux migrateurs, qui planaient loin au-dessus de ma tête, me fascinaient. Lorsqu'ils se posaient sur les branches d'un arbre, le bec ouvert, je les observais contempler l'horizon, les ailes marquées par leur longue traversée. J'étais enfant et je voulais, moi aussi, devenir un oiseau migrateur.
    Mais je suis devenu un écrivain, sans doute par compensation... Et la plupart de mes grands voyages sont nés des rencontres et des lectures que j'ai faites et qui m'ont construit. Dans ce livre, j'ai voulu dévoiler certaines pages de mon univers. La clé est dans la serrure : il suffit de la tourner, de pousser doucement la porte pour entrer dans ce jardin que j'arrose encore avec la foi du charbonnier.
    On y trouvera l'ombre de ma mère, les éclats de rire de mes amis, une promenade silencieuse avec J-M G Le Clézio, et bien d'autres souvenirs", Alain Mabanckou.

  • "Je n'ai pas beaucoup d'autorités sur mes souvenirs.
    Ils n'en font qu'à leur tête. Je suis voué à les suivre. Parfois, ils se moquent carrément de moi. Si je leur donne l'ordre d'aller vers le sud, c'est à l'ouest que je me retrouve. Ils mettent malice à me contredire. Comme ils vont trop vite pour mon pas, je boite. Ils me distancent. Ils en profitent pour me semer, comme les parents indignes, dans les contes de fées, entraînent leurs enfants dans les forêts obscures.
    Ils me mettent un bandeau sur les yeux. Ils me font tourner et, quand ma tête est un vertige, ils arrachent le foulard. Je me demande alors en quelle géographie je suis tombé et dans quel moment de ma vie. Je ne reconnais rien. Je suis dans un lointain. On se chamaille un peu, mais après une rapide altercation, je suis bien obligé de reconnaître qu'en effet je suis passé dans ces écarts, il y a longtemps, longtemps, comme en un songe, et que j'avais tout oublié.
    En général, mes souvenirs ont meilleure mémoire que moi. C'est pourquoi je les laisse faire. Je leur donne tous les pouvoirs" - Gilles Lapouge. De quoi donc une vie est-elle faite ? Dans les livres de la collection Chemin faisant, des créateurs égrènent leurs souvenirs. Au fil de leurs flâneries, ils nous racontent leurs rencontres, nous entretiennent de leurs amitiés, nous parlent des livres qu 'ils ont aimés, des films qui les ont touchés, des expériences qui les ont marqués, des musiques qui les habitent, des voyages qu'ils ont entrepris, bref de tout ce qui les a constitués.
    En se livrant chacun à leur manière, ils nous ouvrent les portes de leur royaume intérieur.

  • Ce passage des Mémoires d'outre-tombe consacré à la fin de l'empereur déchu, exilé sur l'île de Sainte-Hélène, loin d'être la chronique d'une mort annoncée, éclaire le parcours hors du commun d'un homme que Chateaubriand montre conquérant plus que politique, soucieux des territoires bien plus que des peuples. La critique est vigoureuse mais l'admiration n'est pas en reste.

  • Dans ce pittoresque récit de voyage (Voyage en Orient), écrit avec élégance et publié pour la première fois de son vivant en 1851, Nerval prend plaisir à se raconter et à éveiller nos sens, sans quitter jamais la légèreté et la finesse de la narration, mais ne se privant pas, de temps à autre, de quelques exquises touches d'humour.
    Au passage et pour agrémenter notre lecture, il nous fait découvrir l'intérêt des coutumes pratiquées dans l'Orient (le Liban, mais surtout l'Égypte et la Turquie) qu'il visite dans les années 1840, dresse des portraits qui lèvent le voile sur la condition des femmes de l'époque et nous livre des détails psychologiques savoureux sur les caprices des jeunes esclaves, du Caire, entre autres.
    Le tout est entrecoupé de considérations très actuelles sur les pyramides et sur les questions que leur construction suscite depuis des siècles.
    Un régal pour les passionnés de littérature de voyage.

    Le texte est suivi d'une notice biographique de Véronique Leblanc.

  • Dans ces lettres datant de 1739, le «libertin président» fait part à ses correspondants de ses impressions sur Gênes, Milan, Venise, Florence, Naples, Tolède et Rome. Le tout dans un style léger, ponctué d'anecdotes, très amusant à lire

  • C'est un pur plaisir de lire cette nouvelle, très drôle par moment par son côté caricatural, mais s'achevant pourtant par un constat bien triste.
    Le style est emporté et très théâtral, le récit cocasse et ponctué de rebondissements parfois surréalistes.
    Les personnages sont merveilleusement campés, surtout les deux Ivan, dans leurs différences, dans leur amitié et leur récente querelle qui surprend tout le monde et ne manque pas de croustillant.
    Une nouvelle de la force du Journal d'un fou et du Nez.

  • Lermontov, au Caucase, a senti qu'il rencontrait d'autres règles que celles en vigueur à Saint-Pétersbourg.
    Tout y est plus violent, jusqu'à la nature de la guerre. Combattre, pour vaincre ou pour la dernière cartouche. Il y a, dans les moeurs, les coutumes de ces sociétés, un éthos archaïque qui, lorsqu'il est transgressé, mène à la tragédie. Bela, qui appartient à ce monde, est une jeune femme vouée, par sa beauté, à la tragédie. Cette aventure romantique sur fond de conquête coloniale, écrite de main de maître, venant juste après la prose éblouissante de Pouchkine, ouvre le champ à la très grande littérature russe.
    Ce récit, qui mêle la passion amoureuse, la petite guerre, la vengeance et la mort violente - des thèmes qui me touchent - se déroule dans un milieu montagnard d'une saisissante beauté, à laquelle le jeune Lermontov a été particulièrement sensible.

  • En sautant d'une pierre à l'autre, Jean-Claude Carrière essaie de traverser le fleuve que fut sa vie.
    Ces pierres sont des endroits, des hommes et des femmes, acteurs, écrivains, metteurs en scène (Borges, Buñuel, Peter Brook, Nureïev) qui ont marqué une vie fertile, toute de mouvement, ponctuée de rires et dirigée par une curiosité sans limite.
    C'est un inventaire, un puzzle sans motif central, sinon peut-être la recherche incessante d'une alliance entre travail, plaisir et qualité.

  • «Non l'argot ne se fait pas avec un glossaire, mais avec des images nées de la haine, c'est la haine qui fait l'argot. L'argot est fait pour exprimer les sentiments vrais de la misère. Lisez L'Humanité, vous n'y verrez que le charabia d'une doctrine. L'argot est fait pour permettre à l'ouvrier de dire à son patron qu'il déteste : tu vis bien et moi mal, tu m'exploites et roules dans une grosse voiture, je vais te crever.
    Mais l'argot d'aujourd'hui n'est plus sincère, il ne résiste pas dans le cabinet du juge d'instruction.
    J'attends toujours le truand qui fera fuir le juge avec son argot. Dans les prisons d'aujourd'hui, on file doux :
    Oui Monsieur, bien Monsieur. On y est bien sage et on n'y parle pas l'argot, j'en ai fait l'expérience. Le temps est loin où Mandrin risquait chaque jour la Grève.
    Il n'y a plus aujourd'hui que l'argot des bars à l'usage des demi-sels pour épater la midinette, et l'argot prononcé avec l'accent anglais à l'usage du XVIe.» Que ce soit dans des entretiens pris au vol, dans des textes écrits ou dans certaines correspondances, tout est occasion, aux yeux de Céline, pour crier sa haine contre les «hommes à idées» et pour défendre, avec plus de virulence encore, le style - rien que le style.
    La littérature et la haine, l'amour et la lecture, l'art et la mort, l'écriture et le cinéma,. tout explose, à jet continu - parcelles et morceaux de lui-même, rassemblés autour de ses propres oeuvres.
    Le style aussi, pour hurler sa rage contre Sartre ; le style encore, pour rendre hommage à Zola ; le style, enfin, pour un aveu sur Rabelais.

  • Il s'agit ici de quelques chapitres extraits des Mémoires qui traitent du caractère de Louis XIV, de ses amours (Saint-Simon nous dresse notamment un savoureux portrait de "La Maintenon") et de son goût pour le faste et la magnificience. Au passage, nous voyons se dérouler devant nous, dans le faste et la splendeur, une journée type de l'époque : de la toilette aux habitudes vestimentaires, des coutumes alimentaires au protocole, de la prière individuelle au déroulement des messes célébrées au château, des audiences et des conseils, de l'éducation des enfants aux rendezvous intimes, de la chasse et des promenades aux fêtes et aux jeux, des cadeaux et des bijoux... comme si nous y étions !
    Nul ne contestera le régal que constitue la redécouverte de ce tableau de moeurs au style évidemment parfait.

  • " Dans la salle enfumée du bistrot de marins, des noms passaient, que l'on aurait dit des soupirs portés par le vent battant les volets clos : Mascareignes, Terre de Feu, Veracruz - et c'était comme si les murs, alors, se reculaient jusqu'au bout de la terre.
    Le jour revenu, je courais de rocher en rocher, tandis que les cargos s'éloignaient vers le large, et je restais des heures à fixer l'horizon : là-bas, derrière la ligne bleue où ils disparaissaient, il y avait des mondes, effrayants et splendides, et, à n'en pas douter, des îles de corail sous les cieux sans nuage. Un jour, moi aussi, je m'en irais ! Je m'en allais déjà, le nez dans la poussière de mon grenier, avec pour seul témoin le ciel, par l'étroite lucarne, pour seuls complices les grands chevaux de l'empire des nuages, tandis que je tournais les pages de mes trésors, Curwood, Stevenson, Jack London, le Journal des voyages - et chaque livre, alors, m'était comme une porte qui ouvrait sur des mondes.
    Je suis parti. Du moins j'ai essayé. Voici quelques fragments de ce qui m'attendait, derrière la ligne d'horizon. " Michel Le Bris.

  • Rares sont les romanciers qui ont peint avec une telle finesse les replis secrets de la psyché féminine.
    C'était son idéal d'ailleurs : " Être le serviteur de deux idoles, les femmes et la littérature ". Mêler les deux lui paraissant naturel, Singer n'envisageait pas la vie sans vies parallèles. C'est ce qui m'a frappée tout de suite quand j'ai commencé à le lire. Il y a chez le héros singérien une formidable propension à la démultiplication. Ou plutôt à la division. Chaque être est un et indivisible, dit-on ? Pas chez Singer ! Chez Singer, je n'est pas un autre.
    Je est mille autres. En ce qui me concerne, Singer m'aura fondamentalement apporté la possibilité d'accepter l'idée d'un moi à facettes - ou même d'un moi en miettes - inconnaissable. Comme une part étrangère et imprévisible de nous-mêmes. Et, en même temps, une manière de se réconcilier avec tous ceux que l'on est, de déjouer les malentendus entre soi et soi-même.

  • Dreyfusard !

    Mirbeau

    Parues entre 1897 et 1899, ces chroniques sur l'Affaire Dreyfus offrent le témoignage plein d'humanité d'un pamphlétaire révolté.
    Grâce aux événements et aux dialogues qu'ils rapportent, ces textes lucides et émouvants décrivent également l'atmosphère qui régnait à Paris et en province au moment de l'Affaire.

  • Rome, 1599. Beatrix Cenci, immortalisée par le célèbre portrait de Guido Reni, est victime des crimes (séquestration, inceste, etc.) commis par un père psychopathe et maladivement jaloux de ses sept enfants. Lucrezia, ayant également souffert des odieux traitements que lui infligea son époux, s'associe à sa fille et à l'un de ses fils pour organiser l'assassinat du tyran.
    Dans la lignée de Shelley, de Stendhal et plus tard d'Artaud, Dumas, au milieu du XIXe siècle, s'inscrit dans une tradition qui fit de cette histoire une légende. Sous sa plume incisive et réaliste, nous assistons aux préparatifs et au déroulement sordide du meurtre du père, mais aussi au déroulement de l'enquête, sous la torture, qui s'achève par l'exécution des assassins sur l'échafaud.
    Le récit fourmille de détails savoureux sur les coutumes de l'époque. La précision des descriptions et la justesse de l'analyse psychologique (quant à la solidarité familiale ou quant à l'honneur et à la fierté des personnages, en particulier de Beatrix qui niera jusqu'au bout) font palpiter le lecteur comme les meilleurs romans policiers contemporains.

    Le texte est suivi d'une notice biographique de Véronique Leblanc.

  • Sur Rodin

    Rilke

    Les sculptures, révolutionnaires à leur époque, du géant Auguste Rodin font partie de mon univers familier. Je préfère accéder au musée en passant par le parc, prendre le temps de regarder La Porte de l'Enfer et Les Bourgeois de Calais. J'aime revoir Le Baiser, et ce merveilleux torse de jeune fille qui se courbe de manière à ce que sa chevelure prolonge son élan. C'est avec ce dernier chef-d'oeuvre que j'ai eu mon premier choc sensuel parce qu'il n'est pas possible de tourner autour sans avoir besoin de le toucher et, pour peu que l'on soit à l'abri des regards, que l'on se mette à le caresser. JEAN DANIEL

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