Emmanuelle Grangé

  • Au bord d'un lac, une maison. Dans cette maison, une famille et un vieux monsieur venu d'Algérie qui s'occupe du jardin. Une situation confortable que les écarts des uns et des autres ne semblent pas troubler. On ferme les yeux sur les trahisons, on soupire beaucoup, on parle peu. On vieillit ensemble, vaille que vaille, on consent au vaudeville jusqu'à la rencontre improbable de l'épouse et la maîtresse. Tout change alors. Les lignes bougent lentement. Une amitié étrange est à l'oeuvre. Les deux femmes peu à peu s'apprivoisent. Elles sont très différentes. L'homme qu'elles partageaient, et qui les séparait, devient leur ennemi commun. Elles se voient, passent des moments ensemble, parlent de tout sauf du désamour, de la solitude, de la violence qui monte et qui leur fait peur. Elles attendent, chacune à sa manière, un dénouement comme une délivrance. Mais qui peut dire d'où elle viendra ?
    Dans ce troisième roman, Emmanuelle Grangé confirme son talent d'écriture. Elle décrit avec une grande justesse la violence ordinaire faite aux femmes. Il se dégage de ce roman une atmosphère toute chabrolienne. Les conventions bourgeoises, une famille parfaite, et ce sentiment d'étrangeté qui nous prend et ne nous lâche plus. Qu'y a-t-il sous la surface si lisse du lac ?

  • De son enfance, l'auteur garde le souvenir d'un grand appartement à Berlin, où son père est fonctionnaire international, la naissance d'un frère qui va bouleverser son quotidien de petite fille, des séjours en France pendant les vacances chez des grands-parents aimants, l'accent germanique des nurses qui se succèdent. Pourtant, dans toute cette banalité quelque chose détonne. La mère, fantasque, magnifique, amoureuse des rivages qui lui manquent tant, trop à l'étroit dans son rôle d'épouse de diplomate, ne peut s'empêcher de fuguer. Elle part, fuit l'appartement familial, laissant ses enfants et son mari. Elle revient cependant, jusqu'au jour où...
    Comment se construire, grandir, trouver des repères lorsque rien n'est jamais sûr, quand la peur de l'abandon plane sur l'impression de sécurité et de normalité.

    C'est ce portrait magnifique d'une mère à part qu'Emmanuelle Grangé esquisse aujourd'hui dans ce deuxième livre. On y retrouve ses thèmes de prédilection, la famille, le secret, la force silencieuse des non-dits. Mais aussi le travail du temps qui passe, vous entraîne dans sa course, faisant un jour de vous, le parent de ses parents. Aucun jugement, aucune rancoeur, dans ce texte plein d'amour et de lucidité. Simplement le roman d'une famille, la sienne.

  • Son absence

    Emmanuelle Grangé

    Comme c'est puissant et inflexible, une famille ! C'est tranquille comme un corps, comme un organe qui bouge à peine, qui respire rêveusement jusqu'au moment des périls, mais c'est plein de secrets, de ripostes latentes, d'une fureur et d'une rapidité biologiques, comme une anémone de mer au fond d'un pli de granit...
    Cette phrase de Paul Nizan tirée de son roman La conspiration pourrait servir d'exergue à ce beau premier roman d'Emmanuelle Grangé.

    En 1995, un jeune homme, François Munch, disparaît sans motif apparent. Il envoie une carte postale laconique à sa famille, il y annonce son départ définitif. Ses parents, ses frères et soeurs pensent alors à une fugue, une folie passagère. François ne réapparaîtra pas.
    Sans plus de nouvelles du fugitif, la famille se rend au tribunal vingt ans après, délai légal, pour y signer la « déclaration d'absence » en vue de protéger ses intérêts et son patrimoine. Dans la famille Munch, il y a la mère, le père, quatre fils et deux filles. Autant de voix différentes qu'Emmanuelle Grangé nous donne à entendre. Tous sont dévastés par la disparition de François mais chacun habille l'absence comme il peut. Comment vit-on l'absence ?
    On y survit. On culpabilise, crie, prie, se révolte, se souvient. On revit. Un pas devant l'autre. Il n'y a ni explication ni mode d'emploi.

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