Alain Sancerni

  • La poésie d'Alain Sancerni est un chemin qu'on est tenté de suivre en courant sur les mots, en se laissant porter par le flot quitte à parfois regarder en arrière et tenter d'apercevoir ce qui aurait pu s'échapper dans un sentier de travers. Comme partout ta réverbération n'est pas une halte sur ce chemin mais les mots, cette fois, nous demandent de ralentir le pas, de marcher à leur rythme sans nous contenter d'en effleurer le sens, de les interroger même : qui est ce tu ? Qui est le je qui lui parle ? Qui est l'autre et son flou ? Qui est cela ? Qui sont les nous ? Il n'y aura pas de réponse. Deux mots, deux expressions, suffisent à faire taire l'enquêteur : "l'envie du doute" et "le miroir". Cesse alors tout désir de lire "tu", "je", "nous", "cela", dans un sens ou un autre. Seul reste le doute, donc le mystère, et le miroir, donc l'éternelle question de la Réverbération. Reste aussi une bataille, probablement sans issue, entre sujet et objet, entre singulier et pluriel. Je deviens nous, tu deviens cela. Effet miroir? Flou de l'autre? Masque de la nuit?

  • « Éthiopies singulières » ? Georges Courrèges, photographe averti, et Alain Sancerni, écrivain, éthiopien d'adoption, n'ont de cesse de s'interroger sur la singularité éclatée et éclatante de ce pays paradoxal où la réalité la plus rude se marie avec les spiritualités les plus intenses et l'imaginaire le plus débridé.
    Ce livre n'est pas la somme d'une traversée hâtive et mécanique d'une Éthiopie simplifiée qui n'aurait été que parcourue ou visitée.
    C'est un livre d'images vraies, reflets d'une expérience toujours revécue, d'un pays habité et vivant, ondoyant et insaisissable dans ses contradic- tions.
    L'Éthiopie millénaire, jamais colonisée, n'est pas un « musée » bigarré de monuments antiques et de corps sublimes. C'est un pays comblé d'his- toire et en perpétuel renouveau, riche de cent millions d'âmes, dont le passé refait partout surface, dans un présent en pleine effervescence où les plus vieilles traditions s'entremêlent aux enjeux et aux crises, aux es- poirs et aux craintes.
    Une journée au coeur de la capitale va servir de fil d'Ariane à cette découverte : de Lalibela à la vallée de l'Omo en passant par Gondar et Aksoum, l'Éthiopie y retrouve son chatoiement et l'étonnante symbiose de ses multiples ethnies, de ses régions, de son histoire, de son passé dans son présent, et de son présent partagé dans les singularités qui en font l'insoutenable attraction.
    Passionnant et beau.

  • Premier du genre, le Dictionnaire de la rature est un recueil aussi subjectif que jubilatoire dans lequel Geneviève de Meaupou, Lyonel Trouillot et Alain Sancerni se donnent pour mission de supprimer - la rature cherchant, par essence, à faire disparaître ce qui est écrit - les mots qui les fatiguent, et ainsi secouer les lieux communs, dynamiter avec impertinence les formules et tropes qui tournent à vide dans «la marée des phrases courantes». Si l'on pense avec Camus que «mal nommer les choses est ajouter aux malheurs du monde», les raturer c'est mettre en place les conditions d'une meilleure lecture du monde, par l'effacement progressif des notions inutiles ou sursaturées, des mots dénués de sens ou désormais viciés.
    Sont convoqués au hasard des pages : Absence, Beau-frère, Conviction, mais aussi Expert, Horizon, Identité, Majorette, Origine ou encore Platane et Travail. Soit, quelque 120 mots pour un projet radical s'il en est, puisqu'il s'intéresse à ce que tout dictionnaire est censé fonder, une langue.

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